Partir courir en forêt quand la brume enveloppe les arbres a quelque chose de magique : les sons paraissent plus proches, la lumière devient douce et chaque pas semble appartenir à un secret ancien. Pourtant, c’est aussi la période où la nature est la plus vulnérable, notamment pendant la nidification des oiseaux et la reproduction des petits mammifères. Voici comment je prépare mes sorties de trail en forêt brumeuse pour m’entraîner sans perturber ces périodes cruciales.
Connaître le calendrier naturel local
La première chose que je fais, avant même de tracer un itinéraire, c’est de me renseigner sur le calendrier de nidification dans la zone où je compte courir. En Suisse, comme ailleurs en Europe, la plupart des oiseaux entreprennent la nidification entre avril et juillet, mais cela varie selon l’altitude et les espèces. Les mésanges, le rouge-gorge ou le merle peuvent commencer tôt au printemps, tandis que certaines espèces migratrices n’arrivent qu’en mai.
Je consulte :
- les portails naturalistes locaux (par ex. faune-flore.ch en Suisse),
- les pages des associations de protection de la nature locales,
- et parfois les observations sur iNaturalist ou eBird pour voir si des nidifications récentes ont été rapportées.
Ces données m’aident à choisir les périodes et les secteurs à éviter. Quand j’ai un doute, je réduis mon empreinte en privilégiant d’autres itinéraires ou en repoussant ma sortie.
Choisir l’itinéraire avec sensibilité
Je privilégie les pistes déjà ouvertes et bien marquées : courir sur des chemins existants concentre l’impact et évite d’écraser des herbes hautes où se cachent parfois des nids au sol. Je trace mon itinéraire à l’avance avec une application telle que Komoot ou Strava, en évitant les clairières tranquilles connues pour être des zones de nidification, ainsi que les roselières et les buissons denses.
Quand je prépare un parcours, je fais attention à :
- éviter les zones humides et les berges au printemps, souvent fréquentées par les oiseaux aquatiques et les amphibiens ;
- rester sur les sentiers balisés en forêt primaire ou dans les réserves ;
- éviter les secteurs récemment signalés par des naturalistes comme sensibles.
Adapter l’horaire et la fréquence des sorties
La nidification est souvent la plus sensible tôt le matin quand les adultes nourrissent les jeunes. Paradoxalement, c’est aussi la période que j’aime pour la magie du lever de brume. Pour concilier les deux, je choisis parfois des secteurs plus fréquentés le matin et réserve les zones plus calmes aux sorties en fin de journée.
Autre astuce : réduire la fréquence des passages sur un même sentier pendant la période de nidification. Si je veux m’entraîner intensément, je varie les parcours au fil de la semaine pour ne pas multiplier les perturbations dans un même territoire d’oiseaux.
Réduire le bruit et le stress
En trail, le rythme et la respiration créent naturellement du bruit. Je fais attention à :
- éviter les groupes bruyants : préférez les sorties solo ou par petits groupes de 2-3 personnes ;
- baisser la musique à un volume très faible ou mieux, courir sans écouteurs pour rester attentif aux réactions de la faune ;
- éviter les cris et les aboiements : s’il y a un chien, il doit être tenu en laisse et contrôlé.
Il m’est arrivé, une fois, d’entendre une mésange alerter de façon répétée : j’ai ralenti jusqu’à m’arrêter et j’ai attendu quelques minutes avant de reprendre doucement. Les oiseaux reprennent souvent vite leur activité si l’on donne le temps à la situation de se calmer.
Comportement en présence d’animaux ou de nids
Si je découvre un nid ou des jeunes au sol, je m’éloigne immédiatement et je note l’emplacement sur mon application pour éviter le secteur à l’avenir. Je ne tente jamais de regarder de trop près ou de photographier à courte distance : cela augmente le stress et peut mener à l’abandon du nid.
Quelques règles simples :
- ne pas toucher les nids ni déplacer des objets autour ;
- faire demi-tour si un sentier mène directement à un site de nidification ;
- laisser au moins 10–20 mètres de distance pour la plupart des petits passereaux, et beaucoup plus pour les rapaces ou les espèces sensibles.
Équipement et tenue adaptés
Bien préparer son matériel aide à rester sur les sentiers et à limiter les dégâts. Voici ce que j’emporte et recommande :
- chaussures de trail adhérentes pour rester sur les sentiers même humides (Salomon ou Hoka offrent des semelles très efficaces) ;
- veste imperméable légère et suffisamment respirante pour courir dans la brume (Patagonia, Arc’teryx) ;
- une petite trousse de premiers secours ;
- téléphone avec GPS et une application hors-ligne ;
- bouteille réutilisable et snacks énergétiques.
J’évite les bâtons de trail dans les zones où la végétation est basse et fragile : ils accrochent souvent aux branches et peuvent casser des brindilles abritant des nids.
Gérer les chiens et les compagnons
Les chiens peuvent être une source majeure de perturbation pendant la nidification. Si je m’entraîne avec un chien, il est toujours en laisse dans les zones à risque et je choisis des parcours où la cohabitation est possible sans déranger la faune. Pour les groupes, je recommande d’exiger le contrôle total des animaux.
Respecter les règles locales et signaler les impacts
Dans certaines forêts protégées, la circulation est réglementée pendant la nidification : chemins fermés temporairement, zones interdites aux chiens, etc. Je consulte toujours le site de la commune ou de la réserve naturelle avant de partir. Si je remarque des sentiers informels qui se créent (traces au milieu d’une zone non fréquentée), je contacte les autorités locales pour signaler l’impact et proposer, si besoin, des actions de remise en état.
Allier entraînement et pédagogie
J’aime profiter de mes sorties pour observer et apprendre. Quand je cours avec d’autres coureurs, j’explique pourquoi on évite certains secteurs et je partage des gestes simples : ralentir, éviter la musique, tenir son chien en laisse. Sensibiliser, c’est souvent le moyen le plus efficace de réduire les perturbations à long terme.
Plan B : alternatives quand la nidification est trop sensible
Si la zone que je souhaitais visiter est trop sensible, j’ai toujours un plan B :
- parcours en sous-bois plus fréquentés ;
- séances de fractionné sur chemins forestiers larges ;
- entraînement sur sentiers côtiers ou en plaine où la nidification est moins concentrée ;
- séance de renforcement en salle (plyométrie, gainage) pour compenser une sortie annulée.
Collaborer avec les acteurs locaux
Enfin, je collabore régulièrement avec des guides locaux, des ornithologues et des associations pour connaître les zones sensibles et participer à des actions de suivi. Si vous êtes une association ou un guide, n’hésitez pas à partager vos cartes de sensibilité — elles sont précieuses pour tous les coureurs responsables.
Courir en forêt brumeuse peut rester une expérience profondément nourrissante sans entrer en conflit avec les cycles naturels. Avec de l’information, un peu d’organisation et du respect, on peut savourer ces paysages éthérés tout en permettant aux oiseaux et aux petits mammifères de faire ce qu’ils font de mieux : préparer la génération suivante.