Conservation

Itinéraire pas à pas pour repérer et cartographier les mares temporaires utiles aux amphibiens lors de tes randos

Itinéraire pas à pas pour repérer et cartographier les mares temporaires utiles aux amphibiens lors de tes randos

Lors d'une randonnée en forêt, j'ai souvent croisé de petites dépressions remplies d'eau, parfois invisibles derrière des feuilles ou des fougères. Ce sont souvent des mares temporaires — des lieux précieux pour les amphibiens, essentiels à leur reproduction et pourtant fragiles. Ce guide pas à pas raconte ma méthode pour repérer, documenter et cartographier ces mares pendant tes sorties, sans déranger la nature. Tu pourras ensuite partager tes données avec des associations locales ou des plateformes ouvertes pour aider à la conservation.

Pourquoi repérer les mares temporaires ?

Les mares temporaires (ou mares éphémères) accueillent de nombreuses espèces d'amphibiens comme les crapauds, grenouilles et salamandres. Elles sont souvent exemptes de poissons prédateurs et conviennent aux têtards. Repérer et cartographier ces points d'eau permet :

  • de mieux connaître le réseau de reproduction local;
  • d'identifier des zones à protéger ou restaurer;
  • d'alerter sur des menaces (drainage, comblement, pollution);
  • de contribuer à des suivis participatifs et scientifiques (citizen science).

Matériel utile — léger et pratique

Je pars rarement sans :

  • Smartphone avec GPS : c’est l'outil principal pour localiser et prendre des photos. J'utilise l'application OsmAnd ou Gaia GPS pour une cartographie hors-ligne, et iNaturalist pour enregistrer observations et photos.
  • Bloc-notes étanche ou carnet Moleskine résistant à l'humidité si tu préfères l'analogique.
  • Stylo indélébile.
  • Une petite règle ou un mètre pliant pour estimer la taille.
  • Lampe frontale si tu observes au crépuscule ou à l'aube (périodes actives pour les amphibiens).
  • Bottes ou chaussures étanches pour accéder aux berges sans abîmer la mare.
  • Gants jetables si tu dois manipuler quelque chose (dans l'idéal, éviter le contact).

Quand partir — choisir le bon moment

Le timing influe énormément sur tes chances d'observer amphibiens :

  • Printemps (mars à mai selon altitude) : la période de reproduction, quand les déplacements vers les mares sont fréquents.
  • Après une pluie douce : les amphibiens se déplacent davantage; les mares temporaires sont alors remplies.
  • Au crépuscule et la nuit : beaucoup d'espèces sont nocturnes; une lampe frontale et une oreille attentive aident.

Itinéraire pas à pas sur le terrain

Avant de partir, j'ai une zone cible en tête — par exemple une vallée, un replat boisé ou un vallon humide identifié sur une carte topographique. Voici mon protocole :

  • Étape 1 — Repérage visuel : observe les creux du terrain, les dépressions au pied de rochers, les zones sous bois bas, les anciens chemins qui peuvent retenir l'eau. Les indices : végétation hydrophile (rubanée, joncs, carex), mousse dense, odeur de terre humide.
  • Étape 2 — Approche silencieuse : approche en silence, sans éclairer la mare directement. Les amphibiens sont sensibles aux vibrations et à la lumière brusque.
  • Étape 3 — Évaluation rapide : prends note de la taille approximative (longueur x largeur), de la profondeur apparente, de la présence de végétation aquatique et d'indices de faune (oeufs en amas, têtards, chants).
  • Étape 4 — Documentation : prends plusieurs photos — large pour situer la mare dans le paysage, puis quelques gros plans des oeufs/têtards/bergessans manipuler ni stresser les animaux. Active le GPS et enregistre la position exacte (lat/long). Si ton appli le permet, crée une observation directement sur iNaturalist ou Observations (INPN) / Swiss platform selon ton pays.
  • Étape 5 — Mesures et notes : note la date, l'heure, la météo, le type de lieu (forêt, prairie, coupe forestière), la présence d'hôtes (espèces observées), la perception de menaces (pollution, travaux, fréquentation humaine).
  • Étape 6 — Marquage (optionnel) : si tu veux retrouver la mare lors d'une prochaine sortie, tu peux positionner un repère discret à distance — pas de marquage visible qui attire le public ou vandalisme. Une note GPS suffit souvent.

Que noter précisément ?

Un relevé utile comprend au minimum :

ChampExemple de valeur
Date et heure15/04/2026 — 19:20
Coordonnées46.8182 N, 8.2275 E
Taille (estimation)4 x 2 m
Profondeur5–30 cm (bassin varia selon saison)
SubstratBoue, feuilles, racines
VégétationCarex, joncs, bryophytes
Espèces observéesRana temporaria — grenouille rousse (chant), oeufs en ruban
MenacesTrace de débroussaillage récent à 20 m

Bonnes pratiques et éthique sur le terrain

J'insiste toujours : la meilleure observation est celle qui n'altère pas le lieu ni les animaux. Voici les règles que je suis systématiquement :

  • Évite de manipuler les amphibiens. Leur peau est très perméable et sensible aux contaminants (crème solaire, insecticide).
  • Ne détruis pas d'oeufs pour les photographier. Les œufs d'amphibiens sont fragiles et exposés au dessèchement.
  • Reste sur les chemins autant que possible pour limiter le piétinement des berges.
  • Si tu dois traverser une zone humide, fais-le en bottes et nettoie-les entre chaque site pour éviter transferts d'espèces invasives et maladies (ex. chytride).
  • Si tu constates une menace sérieuse (drainage, pollution), prends des photos de contexte et contacte une association locale ou l'administration environnementale.

Outils numériques pour cartographier et partager

Pour donner de la valeur à tes relevés :

  • iNaturalist
  • OpenStreetMap ou QField pour intégrer des points directement dans une carte locale.
  • Gaia GPS ou OsmAnd pour sauvegarder des traces GPX et des waypoints hors-ligne.
  • Google Sheets / Excel : utile pour compile r tes données et les exporter (CSV) vers des projets scientifiques.

En Suisse, renseigne-toi auprès de groupes comme Pro Natura ou AmphibiaWeb et des offices cantonaux pour savoir s'ils disposent d'un portail d'enregistrement des mares.

Comment structurer un signalement à une association

Un signalement clair augmente l'impact :

  • Commence par la localisation GPS et des photos de contexte;
  • Ajoute les observations (espèces, stade : œufs, têtards, adultes);
  • Décris les menaces éventuelles et l'accessibilité du site (chemin, propriété privée);
  • Propose une visite de suivi si tu es disponible et compétent;
  • Si tu as, joins le fichier GPX ou un lien iNaturalist.

Exemples concrets tirés de mes sorties

Lors d'une sortie printanière, j'ai trouvé une mare d'environ 3 m² masquée sous une futaie de hêtres. Pas de poissons, des rubans d'œufs et des chants de grenouilles. J'ai noté la position, pris des photos en éclairant latéralement pour limiter le choc lumineux, et créé une observation sur iNaturalist. Quelques semaines plus tard, un naturaliste local m'a remerciée : la mare venait d'être intégrée à un suivi local pour la protection des amphibiens.

Autre exemple : une ancienne ornière en lisière de coupe forestière, remplie après des pluies d'automne, s'est avérée être un site de reproduction pour la salamandre tachetée. Le signalement a permis d'interrompre un projet de drainage proposé par le propriétaire communal.

Comment transformer ces observations en actions

Tes relevés peuvent déclencher des mesures concrètes : signaler un site menacé à une association permet parfois de négocier des aménagements, d'obtenir des protections temporaires ou d'intégrer la mare à des programmes de restauration. Je collabore fréquemment avec des naturalistes et des guides locaux pour organiser des suivis désormais basés sur des cartes partagées.

Si tu veux, lors de ta prochaine randonnée, commence par un petit quadrilatère de 1 km² et note toutes les dépressions humides que tu trouves. Tu seras surpris·e de la densité et de la richesse insoupçonnée des mares temporaires — ces petites taches d'eau qui font la vie des bois.

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